Pre-summer : l’art d’ajourner par Guillaume Demuth

Avant de partir en vacances, on court, on court… pour finir ce dossier urgent, organiser le bilan du trimestre écoulé, boucler ce projet qui a pris du retard, réaliser le closing du deal en cours… Et pourtant, il serait plus sage d’ajourner, remettre au lendemain, différer.

Ajourner n’est ni une faiblesse ni une fainéantise, c’est un art.

Guillaume Demuth vous explique pourquoi vous avez tout à gagner à ajourner.

« Tu pars quand en vacances ? »

« Dans trois jours ! D’ici-là je suis sous l’eau ».

Quand l’été arrive, c’est toujours la même course avant la détente, le même marathon des To do à terminer impérativement et pourtant…

Pourtant, nous ne nous posons même plus la question de savoir si tel projet, telle tâche, telle obligation gagnera à être traitée en urgence avant le départ. Nous en sommes souvent réduits à refuser de laisser le temps au temps ou d’accepter d’ajourner ce que nous n’avons pu finir.

Ajourner n’est ni une faiblesse ni une fainéantise, c’est un art. Donner de l’intelligence au temps, voilà le défi.

En pratique, cela demande trois réflexes :

1. Pour chaque tâche se demander ce qu’il va se passer si on ne finit pas à la date prévue : les choses se passeront-elles vraiment différemment ? En quoi cela impactera-t-il réellement les autres ? C’est un vrai exercice d’humilité (le monde ne s’arrêtera malheureusement pas de tourner), d’exigence (c’est trop important pour le bâcler), de mise en perspective (avec plus de temps, ce sera plus efficace et durable).

2. Puis identifier ce qu’un ajournement apportera à cette tâche : de la prise de recul ? de la décantation ? de la clarification ? Cela demande une analyse lucide et précise de la situation, hors du sentiment d’urgence et habité par la responsabilité d’agir bien avant d’agir vite. C’est très concrètement ce moment de prise de distance avec l’instant, qui donne de la qualité à votre temps : là où vous vous donnez les moyens de maîtriser le cours des choses et non de le subir.

3. Enfin partager et motiver son ajournement : eh oui ! Une fois que l’on a décidé d’ajourner une tâche, il nous faut l’annoncer à ceux qu’elle implique directement ou indirectement… C’est alors que votre travail de réflexion précédent prend tout son sens. Il s’agit de démontrer à l’autre la décision responsable que vous avez prise, parce qu’il est urgent de prendre du temps pour réussir, et non céder à la précipitation pour être conforme. En ce sens, vous exprimerez votre loyauté à l’objectif qui vous a été assigné ou l’attente qui vous a été manifestée, plutôt que votre fidélité à l’agenda.

Deux anecdotes pour mettre l’ajournement en perspective.

Tout d’abord, ce manager qui avait le réflexe de prévoir une semaine de vacances, juste après le lancement d’un grand projet. Il avait intégré l’ajournement dans sa pratique, comme une manière d’avoir toujours du recul et des idées neuves sur ce qu’il avait mis des mois à préparer.

Enfin, La Joconde commandée à Léonard de Vinci en 1506 et dont l’achèvement fut ajourné – au grand dam du commanditaire – pendant 13 ans.

Alors n’hésitez plus. Avant de partir, arrêtez de courir, et ajournez (ce qui doit l’être) !

 

Guillaume Demuth

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